Quand la télévision allemande lève le voile sur l’autre visage du tourisme à Gran Canaria

Ici Gran Canaria
Par Ici Gran Canaria février 4, 2018 12:33

Quand la télévision allemande lève le voile sur l’autre visage du tourisme à Gran Canaria

Une chaîne de télévision allemande vient de jeter un pavé dans la marre avec un documentaire qui décide de lever le voile sur l’autre visage du tourisme à Gran Canaria et aux Canaries, décrivant une population exploitée jusqu’à la misère, et dénonçant au passage des conditions de travail injustes et difficiles.

Présenté sous un titre choc et provocateur, “Canaries, les îles du chômage”, le reportage de la chaîne allemande WDR s’intéresse au revers de la médaille du miracle économique touristique canarien et adopte un ton très critique envers un système qui génère de nombreux laissés pour comptes.

D’ordinaire, et depuis fort longtemps, Gran Canaria a l’habitude d’entretenir des relations fort cordiales avec ses partenaires étrangers qui, en général, ne tarissent pas d’éloges sur notre destination soleil et en font sans cesse les louanges. On échange sans cesse des compliments et des superlatifs, souvent par médias interposés, jusqu’à se montrer obséquieux, on y est habitué.

Et voici que tout à coup une chaîne de télévision allemande vient briser cette apparente perfection en se permettant des critiques, et en dénigrant un système que tous les autres passent leur temps à encenser. Qui plus est, on ne parle pas de n’importe quel média, mais d’une chaîne de télévision réputée et d’un pays normalement ami et complaisant envers le tourisme de masse. Que se passe-t-il ? Comment cela est-il possible ? Et pourquoi maintenant ?

 

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Réalisé par deux journalistes cinéastes, Johannes Höflich et Jo Angerer, et présenté dans la série “Doku” (documentaire), le reportage a carrément fait l’effet d’une bombe et les journaux canariens comme espagnols lui ont largement fait écho, souvent surpris, voire médusés.

Image de témoignage extraite du film «Die Kanaren: Inseln der Arbeitslosen».

Il faut dire que le titre à lui seul fait déjà frémir : “Canaries : les îles du chômage“… Bigre ! Le ton est donné d’emblée et on devine que ça na va pas rigoler. Associer les Canaries au chômage, ce n’est pas le message diffusé le plus souvent par les médias, surtout à l’étranger. Et pourtant, la moyenne locale tourne autour des 30% et plus de la moitié des jeunes de moins de 24 ans sont sans emploi, nous dit-on. Mais le reportage va encore plus loin.

Sur un ton très critique et revendicatif, le documentaire présente les salariés canariens comme une main d’oeuvre mal traitée, mal payée, mal considérée, totalement exploitée et qualifiée de “low cost” comme un produit bas de gamme. Des accusations qui ne sont pas loin de la vérité si l’on en juge par tous les témoignages présentés, et l’avis des syndicats et organismes professionnels sur place. Récemment encore, de nombreux observateurs tiraient le signal d’alarme au sujet du traitement des femmes de ménage dans l’hôtel Baobab Lopesan de Maspalomas.

Au mieux, explique le reportage, le tourisme de masse peut procurer un emploi instable et très mal payé mais jamais au grand jamais un travail digne, valorisé et rémunéré au même niveau que n’importe quel autre emploi dans n’importe quel autre endroit d’Europe. Il faut dire que les emplois à temps plein aux Canaries atteignent rarement les 1000 euros mensuels, et se situent plutôt autours des 800 euros, alors que partout ailleurs la moyenne se situe largement au-dessus.

Image de témoignage extraite du film «Die Kanaren: Inseln der Arbeitslosen».

Et comme si ce n’était pas assez, le reportage dénonce également les mauvaises conditions de travail, les ruptures de contrat injustifiée, l’indifférence du patronat, le licenciement abusif des femmes enceintes, le manque de reconnaissance, l’exploitation systématique jusqu’à la misère et à l’épuisement.

 

Des conditions de travail injustes et difficiles

Des témoignages viennent confirmer les douleurs au travail, l’arthrose, l’ostéoporose, et comme si ce n’était pas assez, à la souffrance physique s’ajoute souvent une souffrance morale qui mène au stress et à la dépression. La généralisation du tourisme de masse a ruiné la vie de nombreuses personnes, condamnant des familles entières au dénuement et à survivre uniquement d’expédients, notamment grâce aux aides et subventions sociales.

Dans le reportage, on voit des Canariens fouiller les poubelles ou faire la queue pour obtenir des vêtements ou des repas gratuits, d’autres dorment dehors, sous les ponts, ou dans leurs voitures. On voit des maisons à moitié effondrées, des immeubles décrépis, une société gangrenée par la pauvreté. Des images qui évidemment font mal.

Depuis peu, le problème du logement est en train de se superposer à tous ceux déjà existants. En effet, les prix de l’immobilier ne cessent de grimper de manière vertigineuse. Jusqu’à 30 % en quelques années à peine ! Dans ces conditions, il est clair que les travailleurs à revenu modeste ne peuvent plus suivre. Et pourtant rien n’est prévu pour leur proposer un habitat qui leur soit accessible. En attendant, les Canariens se retrouvent petit à petit de plus en plus exclus de leur propre espace de vie.

 

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Image de témoignage extraite du film «Die Kanaren: Inseln der Arbeitslosen».

Selon la chaîne allemande, le chômage et la pauvreté affectent particulièrement la population des îles. Beaucoup plus qu’ailleurs et de manière encore plus injuste. Au lieu d’aider la population à s’enrichir et à se hisser dans l’échelle sociale, c’est tout le contraire qui s’est passé. Le tourisme a ruiné les Canariens au lieu de les sauver. L’argent va toujours aux gros industriels et aux groupes hôteliers, généralement étrangers, qui ne cessent de pressurer la main d’œuvre et de l’exploiter sans vergogne.

Les journalistes de la chaîne publique allemande expliquent que le système actuel ne pense qu’à battre des records de chiffres mais que ces performances ne sont suivies d’aucune amélioration sur le terrain. Au contraire ! Pire encore, la gestion du tourisme telle qu’elle se présente aujourd’hui a causé de nombreux dommages collatéraux chez les Canariens, entraîné une nouvelle précarité et produit des laissés pour comptes en grande quantité. Une véritable catastrophe !

 

Victimes d’un système qui ne leur profite pas

Image de témoignage extraite du film «Die Kanaren: Inseln der Arbeitslosen».

La télé allemande compare le secteur touristique des Canaries à une locomotive qui leur est passé sous les yeux à toute allure sans s’arrêter pour leur permettre de prendre le train en marche et de monter à bord, ne créant ni emploi de qualité ni salaires dignes de ce nom. Les habitants sont placés en compétition avec des immigrants étrangers, souvent mieux formés et avec une plus grande expérience, qui sont presque systématiquement engagés à leur place et occupent les meilleurs postes, tandis que les autres n’auraient droit qu’aux miettes.

Ce n’est pas la première fois qu’un reportage de télé allemand vient briser la belle image paradisiaque de l’archipel en pointant du doigt ses dérives et ses défauts. Il y a une vingtaine d’années déjà, le documentaire “Suicide collectif. La ruine des Îles Canaries” avait regretté l’évolution de l’archipel, se plaignant notamment qu’on y détruisait ses paysages. Mais c’est la première fois en revanche qu’on utilise des mots si crus pour dénoncer une réalité sociale décrite à ce point violente et désespérée.

 

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