À Gran Canaria, les résidents de Playa del Inglés applaudissent tous les soirs à 19h (vidéo)

Ici Gran Canaria
Par Ici Gran Canaria mai 10, 2020 17:30

À Gran Canaria, les résidents de Playa del Inglés applaudissent tous les soirs à 19h (vidéo)

Depuis le début du confinement et de la crise du coronavirus, les résidents de Playa del Inglés applaudissent massivement tous les soirs à 19 heures et partagent un moment intense d’émotion et de solidarité, du jamais vu dans la zone touristique de Gran Canaria.

Tous les soirs à 19 heures, les rues de Playa del Inglés retentissent d’un étrange crépitement, qui commence toujours tout doucement, puis devient de plus en plus fort, jusqu’à finir en véritable concert. Ce sont les applaudissements de la population en réaction à la crise du coronavirus.

Au début, il faut vraiment prêter l’oreille et faire attention. C’est comme une rumeur lointaine, qui viendrait d’ailleurs, de très loin, d’on ne sait où, et qui s’approche doucement jusqu’à vous, plus forte à chaque seconde. On ne sait pas ce que ça peut être, qui cela peut être. Et puis tout, à coup, le son se fait plus clair et l’on comprend d’un coup, comme une révélation. Il s’agit d’applaudissements. Et cela vient de dehors, de la rue.

Dans divers endroits du monde, le phénomène est identique, mais il a lieu à 20 heures et s’adresse avant tout au personnel sanitaire des grosses métropoles, pour remercier les différents intervenants de leurs efforts et les soutenir dans leur travail. Mais à Playa del Inglés, les applaudissements sont différents, ne s’adressent pas exactement aux mêmes personnes et ne vont pas tout à fait dans le même sens.

Aux îles Canaries, fuseau horaire oblige, il faut toujours compter “une heure de moins”, comme on le sait tous. Une heure de moins que sur la péninsule espagnole et que dans le reste de l’Europe, à l’exception du Portugal et du Royaume Uni, qui ont la même heure que nous. C’est pourquoi les applaudissements n’ont pas lieu à 20 heures mais à 19 heures. Alors qu’on est encore en plein jour, en pleine lumière, et que le soleil éclaire la scène de ses rayons brulants.

Dès que commencent les clapotements, chacun se rue vers les fenêtres, les balcons. Étrangement, on ne voit presque rien. Les façades des immeubles semblent vides et désertes. Mais pourtant le son est là, et il augmente bel et bien. Il faut regarder de plus près. Et là, tout à coup, on voit dépasser une main, un bras, une tête. Parfois un petit groupe, une couple, une famille, souvent des personnes âgées. Les gens sont discrets. Ils ne se montrent pas forcément, ils n’ont pas forcément envie de s’exhiber, ce n’est pas l’objectif, ce n’est ni une fête ni une parade, mais ils sont là et ils applaudissent, et ça dure.

À Gran Canaria, les cas confirmés de personnes infectées et souffrant du coronavirus sont bien inférieurs que dans d’autres pays ou zones géographiques. Les hôpitaux ont été sollicités mais pas débordés, pas au point de devoir construire de nouvelles antennes médicales en toute urgence pour accueillir un trop plein de patients. Pas du tout. Ce n’est donc pas réellement le personnel de santé qui est applaudi, il n’est pas réellement question d’une urgence sanitaire ici, mais alors à qui s’adresse cet élan collectif et pourquoi est-il si intense ?

Un appel sans paroles lancé dans le vide

Il n’est pas nécessaire de faire une enquête sociologique très poussée pour comprendre. Il suffit de sortir dans la rue. Playa del Inglés n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les centres commerciaux sont fermés. Les hôtels, les bars et les restaurants sont vides. Les terrasses et les trottoirs sont déserts. Il n’y a personne. Plus aucune voiture. Plus de cars de touristes, plus aucune activité de loisir. Certaines boutiques ont déjà renoncé et ont décidé d’abandonner la partie, de retirer leur enseigne et de rendre leur local à leur propriétaire. D’autres, crient à l’aide en lançant des cagnottes. Les plus nombreux espèrent un geste de leur banque ou du gouvernement. Mais l’incertitude est extrême.

Dans ce contexte de tension et de peur, il ne reste que la solidarité. Qu’ils soient locaux ou étrangers, les résidents de Playa del Inglés sont tous abandonnés à eux-mêmes et totalement seuls depuis deux mois déjà. Personne n’est venu leur rendre visite ou leur parler, personne pour leur donner du soutien ou les encourager. Encore moins pour proposer des solutions. Chacun est terré dans son appartement, son bungalow, son duplex, à se demander quand est-ce que tout cela va finir et quand viendra la reprise, s’il y en a une. Et c’est pour cela qu’on applaudit.

Les applaudissement de 19 heures pour les résidents de Playa del Inglés sont la seule façon de dire au monde et aux autres qu’on est toujours là, qu’on n’a pas lâché et qu’on tient le coup. C’est un langage universel qui transcende les langues et les frontières et qui nous unit tous quelle que soit notre nationalité ou notre origine. les applaudissements de 19 heures sont un incroyable signe de solidarité entre des personnes qui d’habitude ne se voient jamais, ne tiennent jamais compte les unes des autres, n’ont jamais le temps de se parler et se considèrent la plupart du temps plus comme des concurrents que comme des membres d’une même communauté.

On applaudit en silence, dans le vide, sans regarder personne, comme un appel, une prière secrète qui monte au ciel. C’est beau, c’est fort, c’est intense, c’est peut-être le début de quelque chose, ou la fin de quelque chose. On ne sait pas. On ne sait rien. On ne peut qu’espérer et attendre.

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