La française Caroline Chaverot, première femme arrivée en tête de la TransGranCanaria 2016

Ici Gran Canaria
Par Ici Gran Canaria mars 17, 2016 14:57

La française Caroline Chaverot, première femme arrivée en tête de la TransGranCanaria 2016

Elle s’appelle Caroline Chaverot, elle est française et elle est la première femme arrivée en tête de la TranGranCanaria 2016 avec un temps record de 15 heures 23 minutes ! Cette athlète de haute niveau nous raconte son parcours en détail et les épreuves qu’elle a dû traverser.

Née à Genève en Suisse, Caroline Chaverot est également professeur d’histoire géographie dans l’éducation nationale. À 39 ans, mariée et mère de famille, elle mène de front une double carrière. Elle nous livre le récit des hauts et des bas de sa dernière course au long cours à travers Gran Canaria.

Caroline Chaverot au niveau du Roque Nublo22h50, comme les autres coureurs, je suis tassée comme une sardine derrière l’arche de départ. J’éprouve soudain une certaine appréhension car ladite arche est très étroite et je crains de me faire pousser. Si je survis aux 50 premiers mètres de la course, je pourrai aborder les 125 km suivants avec une certaine confiance : je me suis bien préparée, mes problèmes d’anémie semblent momentanément résolus et surtout, j’ai une très grosse envie de courir ! J’ai même trouvé un assistant de choc, Javier Torrent.

Quand le départ est donné, ça ne loupe pas, je me fais pousser plutôt brutalement ; j’ai aussi la surprise de voir tout le monde partir à fond. Au bout d’un km, une fois la côte atteinte les choses se tassent et je double toutes les filles et des wagons de coureurs. Je suis concentrée sur ma respiration et ma foulée, mon objectif étant d’être le plus détendue possible. Les premières heures de course sont pour moi un vrai bonheur : j’ai l’impression de dépenser peu d’énergie en courant, les sentiers sont beaux (enfin, ils semblent beaux car avec la nuit et la brume, on ne voit rien!), j’écoute de la belle musique, bref, je m’amuse. Et puis, passé le premier ravitaillement, je commence à me perdre : rien de grave, au total j’ai perdu 7 min.. mais cela m’énerve : c’est tellement frustrant de gaspiller du temps et de l’énergie pour rien !

Je mange régulièrement et je fais le constat que, niveau nourriture, je ne suis pas forcément encore très au point : j’ai prévu beaucoup trop de nourriture à mes postes d’assistance et je me pose pas ma de questions sur les quantités à ingérer : j’ai bon appétit, ce qui est une première pour moi sur un ultra, mais du coup, je crains de trop manger ! Je bois peu, car il fait froid. Le vent souffle fort, il pleut un petit peu.

Caroline Chaverot en mode descenteAprès Teror, je constate que je suis très en avance sur l’an dernier, puisque je vais faire toute la montée suivante, qui est superbe au lever du jour, de nuit. J’en profite pour me perdre encore un petit peu. Au lever du jour, je rattrape plusieurs coureurs. Cela faisait plusieurs heures que j’était seule et je commençais à m’endormir un peu. Du coup, cela me rebooste, d’autant plus qu’un coureur me colle dans la belle et longue descente vers Tejeda que, imprudemment, je fais donc à bloc, tout en constatant avec joie que le brouillard se lève et que Roque Nublo est tout illuminé de soleil. Je me réjouis donc d’aborder la montée vers les sommets !

Cette montée est plus longue que dans mes souvenirs, mais elle est très belle, donc elle passe relativement bien. On fait une petite boucle vers Roque Nublo, puis on redescend en direction de Garanon. A l’attaque de la descente, je constate que mes muscles commencent à accuser le coup : de fait, j’ai mal un peu partout, des mollets aux épaules en passant par les quadriceps et les abdos ! Il reste encore 50 km, ce qui n’est pas rien !! Arrivée à Garanon, je me déleste enfin de ma grosse frontale Ferei (qui entre nous soit dit à tenu toute la nuit, à pleine puissance dans les descentes !!), ça fait du bien. Je bois un coup, change mon bandeau pour une casquette et des lunettes, puis repars rapidement : je souhaite creuser l’écart avant le départ du marathon car je crains de me faire dépasser par des hordes de coureurs.

Après une courte et raide montée, je constate, dans le début assez raide de la descente que j’ai du mal à descendre : je m’inquiète un peu, car la descente est longue, et dans l’état où sont mes jambes, je crains de ne pas arriver en bas ! Je prends une minute pour m’asseoir et me masser un peu. En repartant, les choses s’améliorent progressivement et j’arrive à faire une descente convenable, même si je réalise que les sections raides et pavées achèvent de me massacrer les muscles. Je commence aussi à avoir du mal à tenir mes bâtons sans éprouver de douleurs au dos et aux épaules.

Caroline Chaverot TranGranCanaria 2016À Tunte, je fais le plein d’eau, et repars. J’ai un petit coup de mou au début de la montée : rien de grave, mais je constate que je marche là où, deux heures auparavant, j’aurais encore couru. Je me fais doubler par Thibault Baronian, premier coureur du marathon : sa foulée légère et aérienne me fait rêver, moi qui commence à me transformer en hippopotame pataud. Je remets ma musique, que j’avais cessé d’écouter depuis Garanon et, tout de suite, je me sens mieux. Je ne vais pas plus vite, mais je m’en aperçois moins.

Après un petit col, on emprunte un très long single en direction de Agayaures. Ce sentier à flanc de colline est superbe et, malgré la fatigue, je me fais extraordinairement plaisir. À Agayaures, dernier point d’assistance, je bois un peu, récupère 1/2 l d’eau, et entame au petit (vraiment petit) trot, la dernière montée de la course. Arrivée au col, le panneau qui indique l’arrivée à 15 km me déprime un peu : je pensais être à 12-13 km de l’arrivée. Je fais le calcul que, à 10 km/h, il me reste donc 1 h 30 de course ! Ouah ! Là j’ai vraiment mal partout !! J’essaie de me mettre dans une sorte d’état méditatif, d’oublier le temps ou les km et de me concentrer sur ma musique et les beautés de la nature. Ça marche par moments, mais pas tout le temps.

Après une brève  descente caillouteuse, on arrive bientôt dans un lit de rivière asséchée, avec des gros galets irréguliers : le bonheur pour mes muscles déjà au bout du rouleau. Du coup, les chevilles sont moins souples que d’habitude et je sens qu’elles commencent à souffrir. Après 5 ou 6 km dans de telles conditions, c’est le bonheur de trouver enfin une piste damée. A 5 km de l’arrivée, à ma grande surprise, je vomis soudainement un petit coup, comme ça, de manière complètement inattendue! Du coup, j’ai soudain une grosse baisse de moral, car j’ai tellement mal partout que l’idée de courir encore 30 min m’est insupportable! J’ai envie de m’asseoir, ou au moins de marcher un peu! Je verse même une petite larme, dans un grand moment d’auto-apitoiement.Caroline Chaverot TranGranCanaria 2016

Ce moment passé, je continue à courir dans une sorte d’état second, tout en commençant à me faire régulièrement doubler par les marathoniens. Et puis soudain, enfin, l’arrivée est en vue ! Tout à ma souffrance, j’ai du mal à être contente, à réaliser que je suis en train de gagner la TransGranCanaria ! En franchissant la ligne, je suis un peu ahurie et tellement soulagée qu’enfin je n’aie plus à courir! La joie d’avoir gagné et surtout réalisé un très bon temps (15h23) vient ensuite. Pour finir, je voudrais remercier tous ceux qui m’ont suivie sur Facebook, ceux qui ont eu souvent de très gentils mots pour moi, c’est vous qui m’avez donné la force de finir cette course, merci!!

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