Les fameuses statues de chien de la place Santa Ana à Las Palmas sont des oeuvres françaises

Ici Gran Canaria
Par Ici Gran Canaria avril 15, 2017 15:21

Les fameuses statues de chien de la place Santa Ana à Las Palmas sont des oeuvres françaises

On sait peu de chose sur les fameuses statues de chien placées devant la cathédrale Santa Ana à Las Palmas, mais une chose est sûre, ce sont des œuvres françaises, dessinées par un artiste de renom et fondues dans un atelier de la Haute-Marne.

Un étrange mystère règne autours des huit statues de chien placées devant la cathédrale Santa Ana sur la place du même nom à Las Palmas, pourquoi ont-elles été placées là ? Et par qui ? À quelle date ? Ce qu’on sait en revanche, c’est qu’il il s’agit d’œuvres françaises conçues entièrement dans l’Hexagone.

je2hl9q5pvpw3hbkumklmo2fxzt0bk521437138934005-mediumDes statues de chien dans la capitale de Gran Canaria… A priori, quoi de plus logique sur une île dont le nom vient justement du mot « canis » qui veut dire chien en latin ? Elles semblent si bien intégrées à leur environnement qu’on pourrait penser qu’elles ont toujours été là, qu’elles font partie intégrale du paysage urbain depuis les origines de la place. Les touristes les prennent en photo à longueur de journée. Les enfants montent dessus comme sur des chevaux… Et pourtant, un profond mystère entoure la présence et l’origine de ces fameuses statues.

La première chose à savoir, et elle est déjà fort étrange, c’est que ces chiens n’ont pas toujours été là. D’où viennent-ils ? Qui les a placés à cet endroit ? À quelle date ? C’est là que le mystère commence. D’autant plus que, bizarrement, il n’existe aucune référence ni documentation à leur sujet dans les Archives Historiques Provinciales de Las Palmas. Pourtant, ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’elles sont directement reliées à la France et à un artiste fort réputé du 19è siècle.

Produites (en série ?) dans la meilleure fonderie de France

Nombreuses sont les personnes qui croient encore que les huit statues de chiens, quatre couchées et quatre assises, ont été spécialement créées pour la place Santa Ana de Las Palmas et disposées là intentionnellement. Or, on peut affirmer déjà que ce n’est absolument pas le cas et que seul le plus pur hasard est à l’origine de leur présence.

En fait, les statues de chiens de la cathédrale Santa Ana ont été placés sur leur socle assez récemment, aux alentours de 1895, ce qui fait à peine un peu plus de 100 ans, alors que la place en a plus de 500. C’était sous le mandat du maire Felipe Massieu Matos et à cette époque la présence des chiens n’a pas été apprécié du tout et souvent jugée de fort mauvais goût, au point qu’une grande partie de la population s’est élevée pour demander leur retrait. Un peu comme l’apparition du centre Beaubourg en son temps en plein cœur de Paris. Un vrai scandale ! Heureusement, le bon sens a fini par gagner et les chiens, tout comme Beaubourg, sont devenus de vrais symboliques identitaires de leur ville que les générations d’habitants ont fini par s’approprier et par aimer avec les années.8qqp3vxfjgu6b8v4xvtylg2dqpo81qs51437136408839-medium

Grâce aux inscriptions qui figurent sur quatre des statues, on sait avec certitude qu’elles ont été fondues en France dans un atelier du nom de Barbezat et Cie, dont le siège social est à Paris mais qui se situe en fait dans le Val d’Osne sur la commune d’Osne-le-Val (Haute Marne). Fondée en 1835 par Jean Pierre Victor André, inventeur de la fonte de fer d’ornement, cette fonderie a connu plusieurs noms au cours de son histoire mais elle s’est surtout illustrée pour sa qualité et le prestige de ses productions. Devenue très rapidement la plus importante production de fonte d’art en France, on lui doit notamment la réalisation des bouches de métro Art Nouveau de Paris dessinée par Hector Guimard, ainsi que les quatre grands ensembles en bronze doré du Pont Alexandre III, toujours à Paris.

Un sculpteur de réputation internationale

Également grâce aux inscriptions qui figurent sur les statues, on sait aussi que les statues ont été conçues par un artiste qui a signé seulement de ses initiales : A. J. Selon toute vraisemblance, et suite aux conclusions de plusieurs chercheurs en art, on sait à présent qu’il s’agit de Alfred Jacquemar, un sculpteur français, né et mort à Paris (1824-1896) et qui était justement connu pour son habitude de signer avec ses initiales. Jacquemar a été l’élève du peintre Paul Delaroche et du sculpteur Jean Baptiste Jules Klagmann. Il a intégré l’école des Beaux Arts en 1845. La majorité de ses œuvres  sont élaborées en fer fondu et sont réparties aujourd’hui dans des places, parcs, collections privées et musées du monde entier, mais surtout en France. Il a été fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1870.

Reste à savoir maintenant comment les huit statues de Jacquemar, fondues en France à des milliers de kilomètres de là, ont fini par se retrouver à Gran Canaria ! C’est là que le mystère reprend le dessus et que les incertitudes reviennent. Deux hypothèses circulent sans qu’on arrive à savoir laquelle est la plus probable.

crsftub4bt9lceirtajvgmhhrrjujhpa1437135800435-mediumPour Ana María Quesada, auteure du livre La escultura conmemorativa en Gran Canaria. 1820-1994, c’est le capitaine d’un navire français, qui avait les sculptures dans ses cales et qui a décidé de les offrir à la ville après avoir fait escale longuement dans le port de La Luz de retour d’Afrique du Sud, pour remercier de l’accueil qu’il avait reçu. Mais dans ce cas, pourquoi avait-il toutes ces statues à bord de son navire et où était-il censé les amener ? Que vient faire l’Afrique du sud dans tout ça ? On n’en sait rien…

Plusieurs copies en circulation

L’autre hypothèse, tout aussi invérifiable, raconte que les chiens auraient été offerts par James Miller, le fils de Thomas Miller, un riche homme d’affaire britannique installé sur l’île depuis 1824. Les statues seraient un caprice de la famille qui les aurait acquises après en avoir admiré de semblables qui décoraient le Cristal Palace lors de l’Exposition universelle de Londres en 1851. Anna Miller, la nièce de James Miller, prétend que les statues auraient d’abord séjourné quelques années dans le jardin de la maison de famille à Tafira avant de se retrouver déplacées sur la place Santa Ana.

Une chose est sûre cependant et viendrait peut-être attester cette seconde version. C’est qu’il y aurait en effet plusieurs autres versions des chiens et ainsi les huit statues de Las Palmas ne seraient pas les seules au monde. Il en existe au moins deux autres à Londres qu’on pouvait voir à l’entrée de l’église Saint-Georges, Square Hannover, jusqu’au détour des années 80 (voir photo ci-contre), et qui décorent à présent les jardins de l’hôpital vétérinaire Queen Mother de Hatfiled. Une journaliste chilienne affirme pour sa part que le fameux paseo créé par Benjamín Vicuña Mackenna à Santiago de Chili comportait lui aussi des sculptures signées par un artiste français, dont au moins une représentant un chien, mais qu’elles auraient malheureusement disparu avec le temps.

Quoi qu’il en soit, même si les circonstances de leur arrivée sur l’île restent mystérieuse et si le nombre total des copies est toujours inconnu, il n’en demeure pas moins que les huit chiens de la place Santa Ana sont bel et bien des œuvres françaises, conçues et réalisées en France au 19è siècle et illustrent parfaitement le talent et la compétence des artistes et industriels de l’hexagone, même loin en dehors des frontières du pays. Cocorico !

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